Nouvelles Editions Oswald - La main de la déesse noire

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Fleuve Noir - La Main de la déesse noire


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Titre Original : nouvelles

Collection : Fantastique - SF - Aventure n° 164
Date de Parution : Mars 1986
Traducteur : François Truchaud
Nombre de pages : 190
Couverture : Jean-Michel Nicollet


Sommaire du livre :



- Les Durs à cuire de Ahrh Eih Eche, Préface de François TRUCHAUD
- La Main de la déesse noire (The hand of the black goddess), traduit par François TRUCHAUD
- Le Collier de Balkis (Sons of hate), traduit par François TRUCHAUD
- Les Invités de la chambre maudite (Guests of the hoodoo room), traduit par François TRUCHAUD


Préface du livre :

Les durs à cuire de Ahr Eih Eche

Après les trois recueils de nouvelles fantastiques, retour à l’aventure policière, aux confins du fantastique, dans une ambiance proche des deux volumes consacrés à Steve Harrison, et de nouveaux personnages selon le cœur de Ahrh Eih Eche (REH en transcription phonétique, gaélique… et facétieuse) : Brent Kirby et Butch Gorman, puis Butch Cronin, « two-fisted detective », des hommes au cœur d’or et aux poings d’acier. Avec ce 23[e]e[e] Howard chez Néo, à nouveau un événement et une Première mondiale, puisque ces trois longues nouvelles sont réunies pour la première fois dans ce volume et n’avaient été publiées, en 1983 et en 1984, que dans trois « booklets » américains, semi-professionnels et à tirage très réduit. A nouveau le lecteur français est privilégié : dire qu’en Angleterre le lecteur ne dispose – en dehors de la saga de Conan – que de trois recueils de nouvelles de « Two-Gun Bob »! Et le « planning REH/NéO » devient démesuré avec le temps, à l’image de notre auteur : plus de quarante volumes sont prévus, sans même parler des poèmes, des lettres, de la biographie et des études… nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement (ceci est une réponse collective aux nombreuses lettres que je reçois des « fans » de l’œuvre du « genius »!).
Ces trois longues nouvelles, écrites en 1933 (la période « policière » de REH), nous plongent à nouveau dans un monde d’aventures et de mystères, un univers à dominante fantastique, violent et sanglant, où l’action démarre sur les chapeaux de roue et ne s’arrête plus jusqu’à la dernière phrase du récit, comme je l’écrivais à propos de Steve Harrison. Une fois de plus, Howard privilégie l’ambiance, la « weird menace », et affiche un mépris complet pour le « whodunit ». Pourtant ces trois nouvelles prolongent et peaufinent l’univers de Steve Harrison, s’inscrivant dans un cadre beaucoup plus réel et vraisemblable, et Howard retrouve tout naturellement, instinctivement, le cadre policier, les personnages et le style de « l’école des deus à cuire » de Black Mask, avec Dashiell Hammett, Carroll John Daly, Raymond Chandler et d’autres. Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes de notre auteur qui affirmait détester ce genre d’histoires!
Steve Harrison était l’archétype de la Loi, Brent Kirby et Butch Gorman, puis Butch Cronin, sont des détectives privés, beaucoup plus « incarnés » et authentiques, effectuent une enquête pour le compte de quelqu’un et travaillant la plupart du temps dans le brouillard le plus complet. Ils découvrent le fin mot de l’affaire en même temps que le lecteur et subissent l’action le plus souvent, malgré eux, au lieu de la provoquer. Mais l’univers propre à Howard reprend très vite ses droits : ses personnages se battent avec leurs poing et le « climax » est fort proche du fantastique, toujours dans la lignée du Fu Manchu de Sax Rohmer, l’un des auteurs préférés de Howard.
Le policier fait place au détective privé, mais surtout, Steve Harrison fait place à Brent Kirby et Butch Gorman, une dichotomie très intéressante. Tous deux sont des personnages typiquement howardiens ; en quelques lignes, ils sont magnifiquement décrits et vient aussitôt. Bren Kirby pense et Butch Gorman agit : le cerveau et le bras, ou plutôt les poings! De toute évidence, il s’agit d’un dédoublement de la personnalité de REH, avec une certaine préférence pour Butch Gorman : c’est un Texan, descendant d’une famille de pionniers, les allusions abondent!
L’intrigue et la situation des deux premières histoires sont pratiquement identiques : une vaste demeure cernée par des adversaires invisibles, des couloirs sombres, le silence et les ténèbres, le suspense et le mystère, et la bataille finale, avec le déchaînement de la violence, le carnage et la mort. Comme toujours, les personnages howardiens réagissent physiquement à la situation et se battent avec leurs poings, retrouvant la sauvagerie et l’instinct combatif de leurs ancêtres (ceci vaut surtout pour Butch Gorman).
La main de la déesse noire fut publiée en 1983 dans un petit « booklet » semi-professionnel, tira à 400 exemplaires : Bran Mak Morn : A Play, que nous devons à Marc A. Cerasini et Charles Hoffman, des spécialistes en la matière (qui contenait également une aventure de Steve Harrison, La lune noire). L’histoire démarre en quatrième vitesse et se poursuit au même rythme jusqu’à la dernière page, allant jusqu’au délire total, par le biais d’une intrigue échevelée. Thugs, adorateurs de Kali, trésor, assassins fanatiques… tout devient possible. Comme Kirby le déclare avec un certain humour (au second degré) : « Et dire qu’une telle chose peut se produire au Xxe siècle, en Amérique! » Page 43, une phrase sublime : « De tous côtés le silence méditait sombrement, tendu, gigantesque, comme si les dieux monstrueux de l’Inde étaient tapis parmi les arbres, prêts à bondir et à les broyer. » Notons également un « gag » : à la page 15, Butch Gorman s’apprête à sortir l’arme cachée sous sa veste; il ne le fait pas… le même geste se reproduit plusieurs fois, et ce n’est qu’à la page 50 que le lecteur apprend quelle est l’arme favorite de Butch! Comme dans d’autres nouvelles de REH, la jeune fille se prénomme Gloria… et le lecteur pourra apprécier une fois de plus la beauté tragique de la mort de certains personnages, notamment celle de Ditta Ram, une fripouille qui a conservé un sens de l’honneur. A partir de la page 48, c’est le déchaînement de la violence et l’un des carnages les plus sanglants, décrits par Howard, avec un final superbe : la pièce est jonchée de cadavres ; dehors l’aube se lève. Les personnages ont été jusqu’au bout du mystère et de l’horreur, la bataille faisant fonction de catharsis, et c’est l’aube d’un jour nouveau.
Notons au passage que dans le premier volume de sa série Weird Tales, chez « Zebra Books », Lin Carter publiait une « nouvelle histoire de Robert E. Howard », intitulée Scarlet Tears. Il s’agit en fait de l’histoire contenue dans ce volume, mais réécrite par Lin Carter : l’un des deux détectives n’apparaît pas, les situations sont comprimées, et l’histoire comme une douzaine de pages après le texte original de Howard! Et la fin réécrite par Lin Carter était singulièrement dépourvue de l’atmosphère tragique et sanglante, décrite par Howard.
Le collier de Balkis fut publié en mai 1984 dans Two-Fisted Detective, autre « booklet » de Cerasini et Hoffman, tiré à 500 exemplaires, qui contenait également des aventures de Steve Harrison. A nouveau Bren Kirby et Butch Gorman sont confrontés à une aventure incroyable. Leurs adversaires ne sont plus des Thugs, mais des hommes du Soudan, les descendants des Mahdistes (Howard avait déjà traité ce thème dans Les canons de Khartoum, dans le recueil Wild Bill Clanton). A l’amitié qui unit les deux détectives privés (Butch est prêt à commettre toutes les imprudences si la vie de Brent est menacée) s’oppose la haine féroce entre deux hommes. On sait que la haine entre deux familles est un thème fréquemment traité par Howard ; l’autre étant l’amitié ou la vengeance, personnelle ou pour honorer la mémoire d’un ami. Dans Wild Bill Clanton, une nouvelle s’intitulait Les filles de la haine; ici, le titre anglais original était, Les enfants de la haine. Dans cette nouvelle, la haine et le désir de vengeance se transmet de père en fils, et est encore plus horrible, nous y reviendrons. Le début de la nouvelle s’inscrit encore plus dans la genre policier : l’agence de détectives, les couloirs, le téléphone. Il pourrait presque s’agit d’une histoire de Sam Spade! Faisons simplement le rapprochement entre une phrase de Howard : « il devait d’abord penser à son client et à son associé… c’était son devoir… il lui fallait accomplir son devoir, se l’idée qu’il s’en faisait, et cela ne servait à rien de songer à ce qui arriverait ensuite » et une phrase célèbre, tirée du Faucon de Malte de Dashiell Hammett ; « Quand l’associé d’un bonhomme se fait buter, c’est le boulot de son partenaire de déniche l’assassin. Ce qu’on pouvait penser de lui on s’en fout ; c’est ton associé et il faut se démerder ». Dont acte! Notons que cette nouvelle est particulièrement riche en tortures, mutilations et scènes de sadisme : un doigt de pied tranché, un poignet brisé, etc. Avec une scène superbe, ou l’intrusion de l’Orient en Amérique. Le délire onirique envahit la réalité, et le cauchemar règne à l’état pur. L’un des personnages s’exclame (à l’instar de Steve Harrison) : « Nous sommes en Amérique, par en Afrique! » Et page 99, c’est l’apothéose de la haine démentielle, avec cette phrase superbe : « Quel héritage de haine était donc le leur, façonnant leurs vies et faisant d’eux des instrument de vengeance, pour des hommes qui étaient morts avant même qu’ils fussent nés! Tous deux étaient des fanatiques, des enfants de la haine! » A nouveau le credo de la haine, opposé au credo de l’amitié, les deux grands pôles de l’œuvre de Howard, fascinants d’un point de vue psychanalytique ! Et une phrase géniale, confinant au vertige : « Cette nuit, les horreurs étaient accumulées les unes sur les autres, au point que tout cela paraissait irréel et délirant »! L’ombre sinistre du Mahdi plane sur cette histoire, l’une des plus démentielles jamais écrites par Howard. Avec un final qui ne déçoit et une idée superbe : un combat dans l’obscurité (coup de chapeau en passant au superbe film de Gordon Douglas, La maîtresse de fer, où Alan Ladd incarnait Jim Bowie). Et une dernière phrase, sublime de dépouillement, ou tout est dit : « Et, en se détournant, il franchit rapidement la porte. Dehors, l’aube se levait ». Dire que l’art de REH est visuel à 100 % est une évidence!
Les invités de la chambre maudite fut publié en juin 1984 dans Shudder Stories, n°1, autre « booklet » à tirage très limité, de Robert M. Price, qui contenait également une nouvelle de Carl Jacobi et une autre de Hugh B. Cave. Dans cette troisième nouvelle, l’atmosphère est encore plus proche des aventures de Steve Harrison. Butch Cronin (même prénom que Gorman, et le nom Cronin est fort proche, phonétiquement, de Conan!) lui ressemble comme un frère, et nous retrouvons le « péril jaune ». D’ailleurs l’action se passe en grande partie dans River Street! L’arme préférée de Butch Cronin est également un bowie knife. A nouveau un parallèle entre Howard et Hammett : Sam Spade était surnommé le « sauvage de San Francisco » ; Butch Cronin est originaire de la Barbary Coast ». D’une jungle d’asphalte à l’autre… Et Howard ne se prive pas d’utiliser cette image : « Butch était un homme traqué; sa jungle natale était devenue son ennemie ». A un autre moment, Butch est comparé à un tigre se faufilant dans les sentiers de sa jungle natale. Ad libitum… Page 117, une description de Butch, et le charme agit à nouveau. En quelques lignes, nous savons tout à son propos : un « privé » au grand cœur, prêt à renoncer à une affaire par amitié pour des clochards. Signalons l’humour de certaines phrase, proche de certains romans « noirs », et surtout le style brutal et dépouillé des dialogues, employant l’argot de la rue, tout à fait dans la tradition du « hard-boiled dick ». Howard aurait pu être l’un des auteurs de Black Mask! Le « péril jaune » à nouveau, avec Jum Woon, succédané de Fu Manchu et d’Erlik Khan (dans les aventures de Steve Harrison) avec affaires louches, trafic d’opium, ruelles désertes, entrepôts abandonnés et quais en ruines. River Street, lieu géométrique de tous les mystères et de toutes les terreurs! Signalons pages 148-152 le personnage de Kang Su, avec la très belle idée, ou obsession du vieux Chinois : que ses ossements soient remportés en Chine, je n’insiste pas! Et enfin, à partir de la page 167, le délire le plus total : « un cauchemar, une pure démence! » s’exclame Butch Cronin. Et la révélation finale sur la « cuisine de l’enfer », que je ne dévoilerai pas, bien sûr! Le fantastique culmine, et Howard va jusqu’au bout de l’horreur, avec une idée complètement insensée! Le décor de la « chambre maudite » est superbe, et page 175, une frénésie meurtrière s’empare de Cronin… une brume rouge flotte devant ses yeux, tel Conan et d’autres personnages howardiens! Soulignons l’idée finale qui donne encore plus d’ampleur à l’histoire, pourtant fertile en rebondissements et en péripéties, avec l’image ténébreuse d’un complot à l’échelle mondiale. Une question : quelle est la « puissance étrangère » qui agit dans l’ombre ? S’agit-il de l’Allemagne nazie ou bien de la Russie bolchévique ? Incontestablement, l’ombre de Fu Manchu est plus présente que jamais! Et la dernière phrase est sublime. Assurément c’est l’une des nouvelles les plus folles de « Two-Gun Bob ».
Plus de cinquante ans après leur rédaction, ces trois nouvelles sont al preuve incontestable du génie de Robert E. Howard. A présent, au lecteur de les découvrir et de les savourer…

François Truchaud
Londres-Ville d’Avray
3 mars 1986


Dos du livre :

«L'homme s'approcha de Gloria, tel un tigre affamé. Elle se recroquevilla sur sa chaise, fixant de ses yeux écarquillés le foulard qui ondoyait entre les mains de l'Hindou, semblable à un serpent vert. Kirby fut pris de vertige, sous l'effet d'une rage impuissante. Cet Oriental démoniaque allait étrangler la jeune femme... tout indiquait le meurtre dans sa démarche de fauve, dans ses yeux de braise. L'homme avait parlé de Kali, la déesse hindoue de la mort. Cette brute était un Thug, un membre de cette secte effroyable dont le but avoué était le meurtre et la destruction !
Le Thug se jeta sur Gloria, aussi rapidement et silencieusement qu'un gigantesque python. Le foulard vola vers la gorge blanche de la jeune femme...
A cet instant, Butch Gorman s'élança, avec la soudaineté et la violence d'un typhon. Son poing gauche s'écrasa contre la mâchoire du Thug avec un impact terrifiant ! »

Découvrez au plus vite ces trois longues nouvelles réunies et publiées en volume pour la première fois au monde ! De nouveaux personnages selon le cœur de Howard : Brent Kirby et Butch Gorman, puis Butch Cronin... avec ce 23° REH chez Néo, c'est le retour en force de l'aventure policière, aux confins du fantastique, dans une ambiance proche des deux volumes consacrés à Steve Harrison.
Intrigue échevelée, coups de théâtre, portes dérobées, adversaires de toutes sortes... adorateurs de Kali, Thugs sanguinaires, fidèles du Mahdi, Chinois perfides... jeunes filles en détresse... et toujours le mystère et l'épouvante, l'aventure menée tambour battant par le génial « Two-Gun Bob » !
En attendant la route d'Azraël...

Robert Ervin Howard est né en 1906 à Peaster (Texas). Il s'est suicidé en 1936. Quinze ans de création littéraire lui ont suffi pour devenir l'un des maîtres du fantastique et de l'heroic fantasy de ce siècle. Nous avons, depuis quelques années, révélé au public français une grande partie de son œuvre restée scandaleusement inédite jusqu'alors : Le pacte noir, Kull le roi barbare, Solomon Kane, Le retour de Kane, L'homme noir, Bran Mak Morn, Cormac Mac Art, Agnès de Chastillon, El Borak l'Invincible, El Borak le Redoutable, El Borak le Magnifique, El Borak l'Eternel, Wild Bill Clanton, Kirby O'Donnell, Cormac Fitzgeoffrey, Steve Harrison et le Maître des Morts, Steve Harrison et le Talon d'Argent, Vulmea le pirate noir, Sonya la Rouge, Les habitants des tombes, Le tertre maudit, Le chien de la mort, vingt-deux volumes magiques et fous, inoubliables, tous traduits et présentés par le meilleur spécialiste de l'œuvre de Howard que nous ayons en France : François Truchaud.
Quant à la série des Conan, après avoir été publiée par Lattes, elle est en cours de réédition dans J'ai lu.



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